Les femmes dans l'art et la culture : censure, anonymat et reconnaissance
- Camila Palomo
- 29 avr.
- 3 min de lecture
Le pouvoir d’un nom
Au cours de l’histoire, les pionnières du monde artistique et culturel ont souvent été soumises à la censure et à l’anonymat. Aujourd’hui, après des années de lutte, bénéficient-elles enfin de la reconnaissance qu’elles méritent ?
À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, il me paraît essentiel de rappeler que l’accès à l’art et à la culture a été historiquement refusé aux femmes. Longtemps exclues de l’éducation et reléguées aux rôles traditionnels ou domestiques, celles qui parvenaient à créer de l’art se voyaient souvent obligées de publier sous un pseudonyme.
"I would venture to guess that Anon, who wrote so many poems without signing them, was often a woman.” (« Anonyme, je veux dire, était très souvent une femme. ») – Virginia Woolf
Quelques noms
Malgré les difficultés imposées par la société de leur époque et leur pays, plusieurs femmes, dont une grande partie des noms restent oubliés par la mémoire collective, sont parvenues à marquer l'histoire artistique et culturelle. On connaît quelques exemples :
Frida Kahlo (1907-1954), peintre mexicaine, a défié les normes de genre à travers ses autoportraits. Son œuvre aborde des thèmes comme la maternité, la sexualité et l’avortement, faisant d'elle une icône féministe.
Virginia Woolf (1882-1941), pionnière du féminisme, a réfléchi sur la condition des femmes dans l'art et la culture, notamment dans Une chambre à soi et Orlando. Dans Une chambre à soi, elle soulignait déjà la difficulté pour les femmes d’exister en tant qu’artistes.
Kathryn Bigelow (1951-), réalisatrice et productrice américaine, a été la première femme à remporter un Oscar pour la “meilleure réalisation”, brisant les stéréotypes d'un secteur dominé par les hommes.
Mais où en sommes-nous aujourd’hui ?
Malgré de faibles progrès (qui semblent plutôt faire un pas en arrière ces derniers temps), l'art et la culture restent marqués par de fortes inégalités de genre. Certes, on entend de plus en plus de noms de femmes dans les foires d’art et dans les galeries, mais ce semblant de parité cache une réalité très laide : les œuvres d’art créées par des hommes valent beaucoup plus que celles des femmes.
N’oublions pas les faits : une étude récente d'Art Basel et UBS a démontré que les artistes femmes n'ont représenté que 2 % du marché mondial des enchères d'art ces dernières années. (L'œuvre la plus chère d'un artiste masculin, Salvator Mundi de Léonard de Vinci, avec un prix de 450 millions de dollars, valait dix fois le record de Georgia O'Keeffe pour son Jimson Weed).
Pourquoi est-il si important d’en parler, et pourquoi ce sujet nous concerne-t-il tou.te.s ?
À travers les médias, la littérature, la musique et l’art, le secteur culturel détient un pouvoir immense : il peut soit perpétuer les inégalités de genre, soit devenir un moyen de transformation radicale. En mettant en avant des représentations riches et variées des identités de genre, et en appréciant l’art des femmes à une valeur au moins égale à celle de leurs homologues masculins, on peut déconstruire activement les normes sexistes et combattre les inégalités systémiques. Il ne s’agit pas seulement d’inclure, mais de revendiquer et de promouvoir une vision du monde où les femmes et les identités de genre marginalisées occupent pleinement l’espace et la valeur qui leur appartiennent.
Ne restons pas anonymes
Un nom peut sembler anodin, mais il a beaucoup de pouvoir. Pour transformer cette dynamique d’inégalité qui domine, et pour arriver à la reconnaissance véritable des femmes dans le monde de l’art, il nous appartient, à toutes et à tous, de réimaginer et d’exiger notre propre place dans l’art. Dans ce sens, il me paraît impératif de ne pas laisser les noms des femmes artistes s’effacer dans l’oubli, mais de les souligner, de les crier haut et fort, de les graver dans la mémoire collective, jusqu’à ce qu’ils résonnent avec autant de force que ceux de leurs homologues masculins. L’art n’a jamais été neutre : ne le soyons pas non plus. Ce n’est qu’en reconnaissant le travail et le nom de leurs créatrices qu’il sera possible de progresser vers une véritable équité dans l’art.
Source des chiffres :




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