LAIA ABRIL - ON MASS HYSTERIA / UNE HISTOIRE DE LA MISOGYNIE
- Camila Palomo
- 3 avr.
- 3 min de lecture
Avec une amie, on discutait récemment de la colère et de comment on fait pour l’exprimer dans nos vies. En tant que femmes, plusieurs d’entre nous avons du mal à exprimer la colère de manière saine et ouverte.
“Quand je suis énervée, je pleure.”
“Perso, je ne m’énerve presque jamais, mais ça m’arrive d’avoir mal au ventre pendant des jours si je n’en parle pas.”
En fait, la colère n’est pas une émotion nouvelle pour nous. Mais, au cours de l’histoire, les femmes ont été punies pour leur colère, et conditionnées à la refouler autant que possible.
Nous sommes allées voir l'exposition On Mass Hysteria / Une histoire de ma misogynie de Laia Abril au BAL, et j'en suis sortie avec un avis partagé. C'est une exposition qui frappe très fort, qui documente avec une rigueur impressionnante comment, depuis des siècles, la douleur et la colère des femmes ont été ignorées, minimisées, voire tournées en ridicule.
Ce que Laia Abril met en évidence, c'est à quel point la notion de "folie" ou “hystérie” féminine a servi d'outil pour minimiser et disqualifier la souffrance des femmes. Que ce soit en médecine, dans les droits fondamentaux ou dans la sphère domestique, l'histoire (et l’actualité) est remplie d'exemples où la douleur et les plaintes des femmes sont perçues comme des crises hystériques plutôt que comme des revendications légitimes. Et aujourd'hui encore, on porte tous.tes cet héritage : on apprend à taire notre colère, à douter de notre propre douleur, et parfois même à douter de celle des autres.
L'art, comme la protestation, devient alors un espace de libération. C'est un endroit où l'on peut enfin exprimer cette colère qui nous a été refusée pendant des siècles.

L'exposition se divise en deux parties. Au sous-sol, une salle où des dossiers numérotés sont accrochés aux murs : chacun relate un cas de mass hysteria, accompagné de recherches, de documents médicaux, d'articles de journal. Ce sont des dossiers que l'on peut lire en parcourant la salle, et certains font jusqu'à 50 pages. Au centre de la pièce, des installations multimédias nous plongent dans trois cas précis : un au Mexique, un au Cambodge, un aux États-Unis. Des images, du son, des fragments de témoignages. En haut, une autre ambiance : une vidéo montre des manifestations féministes à travers le monde, des foules en colère, des revendications criées et chantées, et parfois des affrontements. Les scènes de protestation sont mises en parallèle avec les cas de "mass hysteria" étudiés en bas. Ici, la jonction entre oppression et révolte devient évidente.
J’admire énormément le travail de recherche derrière cette exposition. On sent l'immense effort, certainement très difficile tant du côté académique que du côté émotionnel qui a été fait pour déterrer ces histoires, les contextualiser, les analyser. Mais c'est aussi là que j'ai éprouvé une frustration. L'exposition repose beaucoup, peut-être trop, sur l'information brute. Le nombre de textes à lire est considérable, et l'expérience devient presque une immersion dans un projet de recherche plus qu'une exposition artistique.
J'aurais aimé que la frontière entre art et recherche soit moins claire, que l'expérience sensorielle soit plus forte, que l'émotion ne passe pas seulement par la lecture et l'analyse mais aussi par des interprétations artistiques plus présentes. Il y a quelque chose de trop dense, de trop didactique, qui empêche à mon sens de ressentir pleinement l'ampleur de ce que cette "hystérie collective" signifie vraiment pour l’autrice.
Est-ce que le format choisi permet d'en ressentir toute la puissance ? Je n’en suis pas sûre.
Peut-être que ce qu'il manquait, c'était justement cet espace où l'art, l'émotion et la colère se rencontrent pleinement.
À voir jusqu’au 17 Mai 2025 à l’Espace Le Bal.




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