Art et langage : comment rendre l’art plus accessible à travers le langage ?
- Camila Palomo
- 16 mars
- 3 min de lecture
L’Artspeak et le snobisme de l’art contemporain
Pourquoi le langage que l’on utilise pour parler de l’art contemporain est-il parfois si opaque ? Que ce soit dans les catalogues d’exposition, les déclarations d’artistes ou les critiques, il arrive parfois qu’un texte censé expliquer une œuvre la rende en réalité plus incompréhensible et inaccessible.
Parfois, on se retrouve devant une œuvre d’art dont on aimerait connaître le but, le parcours artistique, et on se retrouve finalement un peu déçu.e, parfois de soi même, car on n’a rien compris. En parlant avec mes ami.es non artistes, il m’arrive souvent d’entendre “ah non, l’art contemporain j’aime pas du tout” et plus je me plonge dans cette discussion, plus je me rends compte que, souvent, l’art contemporain peut repousser un public de curieux et curieuses de l’art pour une raison très simple : le langage.
Le descriptif d’une œuvre est censé la rendre accessible à toute personne externe à l’œuvre et à l’univers artistique de son auteur.ice. Si l’on a besoin d’avoir un tas de références et de connaissances d’histoire de l’art pour comprendre une pièce, je trouve qu’il y a un problème. C’est de l’art un peu snob, finalement, car il n’est censé toucher qu’un public qui s’y connaît déjà pas mal.
Peut-on parler d’art contemporain avec sérieux sans tomber dans cette complexité inutile ?
L’IAE : un langage artistique mondial
L’International Art English (IAE) ou son équivalent français "Franglais de l'art" ou "langage institutionnel de l'art" est une version spécialisée de la langue, utilisée pour parler d’art à l’échelle mondiale. Inspirée par des penseurs comme Michel Foucault et Jacques Derrida, elle est apparue au 20ᵉ siècle dans les milieux académiques et institutionnels, avant de s’infiltrer peu à peu dans les galeries et les musées.
Cette manière de parler de l’art se caractérise par un ton académique, des références philosophiques et des concepts souvent abstraits. Son rôle est de structurer le discours artistique et proposer un langage commun à un milieu de plus en plus international et mondialisé.
Mais il pose un problème : à force d’être trop codifié, il devient un outil d’exclusion plus qu’un moyen de communication.

L’ArtSpeak : précision ou prétention ?
Dans son livre Artspeak, Robert Atkins voulait répertorier et définir le vocabulaire du monde de l’art. Son objectif était, en fait, de rendre ce langage plus accessible. Cependant, il a pris progressivement une connotation négative, désignant aujourd’hui un discours inutilement compliqué.
Aujourd’hui, ce langage ne sert parfois qu’à masquer une absence de contenu et de véritable profondeur, ou à renforcer une sorte d’exclusivité intellectuelle.
Un texte d’Artspeak se distingue par :
Un style pompeux et prétentieux
Des formules qui semblent interchangeables d’un texte à l’autre (un peu comme du chatGPT artistique)
Un rapport assez vague à l’œuvre décrite
Un exemple d’Artspeak :
« L’artiste déconstruit les récits néo-capitalistes à travers un pastiche d’éléments pré-modernes. »
Derrière cette phrase, que comprend-on vraiment de l’œuvre ? Quel public vise-ton rééllement en décrivant une oeuvre avec autant de complexité ?
Comment éviter l’Artspeak ?
S’exprimer clairement sur l’art ne veut pas dire qu’il faut tout simplifier ni arrêter de parler de concepts théoriques clés. Il s’agit plutôt de rendre les idées accessibles, précises et intéressantes pour un public varié, en dehors de l’élite artistique.
Pour parler d’art sans perdre son public, je pense qu’il faut d’abord savoir à qui l’on s’adresse. Un.e expert.e, un.e collectionneur.se ou une personne simplement curieuse n’auront pas les mêmes attentes, donc mieux vaut adapter son langage. Des mots simples et précis sont souvent plus efficaces que des phrases trop chargées. Et si un terme technique est indispensable, on peut le définir clairement pour éviter toute confusion.
L’essentiel, il me semble, c’est de rester centré.e sur l’œuvre elle-même. Plutôt que de s’enfermer dans la théorie, mieux vaut décrire ce que l’on voit : les couleurs, les formes, les matières, l’émotion qu’elle dégage, le but. Raconter l’histoire derrière l’œuvre ou donner un peu de contexte sur l’artiste et son époque permet aussi de la rendre plus parlante. Avec des descriptions concrètes et des repères clairs, on aide le public à mieux comprendre sans avoir besoin d’un dictionnaire sous la main.
L’art est un langage en soi. Il serait dommage que les mots qui l’entourent le rendent hermétique.

Sources et articles connexes :
Atkins, Robert, Artspeak : a guide to contemporary ideas, movements, and buzzwords, 1945 to the present
Maurer, Dóra: Reversible and Interchangeable Phases of Motion No. 4 (1972/1997)




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